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Accrocher les tout-petits avec trente minutes de danse contemporaine, c'est le pari réussi du Zététique Théâtre. Une danseuse curieuse voltige sous des livres à ressorts, fabrique un tutu de plastique éthéré et s'habille de peinture rouge vif pour tisser des histories indéfinies où chacun écrit ses propres pages.

Catherine Makereel, Le Soir, 7 septembre 2011.

Danse pour les petits. Seule en scène, elle joue avec des cahiers suspendus à des élastiques. Un classeur blanc devient visage. Puis c’est une mouche qu’il faut chasser, attraper, avaler : réminiscence d’un beau sketch de Dario Fo. D’un meuble, elle sort de longs voiles de plastiques légers avec lesquelles jouer. Evocation de l’eau dans laquelle patauger. Les voiles se changent en robe de mariée, en jupe pour femme enceinte. Enfin, place au rouge, jusqu’à s’en barbouiller le corps…

Philippe Mathy, Le ligueur.

La danse contemporaine à petits pas

CATHERINE MAKEREEL -  Le Mad, mercredi 12 octobre 2011

De plus en plus de spectacles jeune public osent la danse contemporaine pour les petits, voire les tout-petits. Parmi eux, le captivant « Ultra » du Zététique Théâtre.

Pourquoi n'y avait-on pas pensé plus tôt ? Explosive boule d'énergie évoluant dans un corps complètement décomplexé, l'enfant est sans doute plus à même que l'adulte d'appréhender la danse contemporaine. Lui qui, il y a peu, découvrait le monde en même temps que la gravité, maîtrisant ses jambes titubantes avant la parole, est plus en prise avec le langage du corps que nous, grandes personnes à l'esprit formaté. C'est le constat que semblent faire plusieurs compagnies de la scène jeune public, puisque cet été, aux Rencontres de Huy, la danse contemporaine se taillait une belle part dans la programmation, avec certains spectacles s'adressant aux enfants dès 2,5 ans, comme Têtes à Têtes de Maria Clara Villa Lobos ou encore Ultra du Zététique Théâtre, ce dernier entamant sa tournée ce mois-ci.

Un premier langage

« La danse contemporaine pour les petits, c'est une évidence, affirme Mélody Willame, danseuse en solo dans Ultra. C'est logique : c'est pour eux un premier langage qui leur parle très fort et leur permet d'aller très loin dans l'imagination. Sans compter la part de plaisir pur. C'est une évidence, plus que pour les ados en tout cas, qui sont déjà dans les clichés. Pour qui, souvent, la danse contemporaine, ce sont des mecs en collants qui dansent et n'expriment rien. Ça ne veut pas dire pour autant que c'est facile de faire un spectacle pour les tout-petits, qui sont, à leur manière, très intransigeants aussi. On sent tout de suite quand ils décrochent. Ils ont des réactions spontanées, qu'on n'a pas envie de contrôler et avec lesquelles on doit composer », souligne la danseuse qui anime régulièrement des ateliers dans les écoles et dans les crèches, pour les petits ou les ados.

Objet étonnant d'une demi-heure à peine, Ultra dévoile une danseuse curieuse qui voltige sous des livres à ressorts et autour d'un meuble biscornu, fabrique un tutu de plastique éthéré et s'habille de peinture rouge vif pour tisser des histoires indéfinies, où chacun écrit ses propres pages. « On a voulu retrouver la spontanéité des enfants, leur expression très directe du corps, cette capacité à réagir très vite à une matière et à lui donner corps. Ultra, c'est aussi l'idée d'aller au-delà, de pousser l'imagination plus loin. » Le spectacle est d'ailleurs généralement précédé ou suivi d'ateliers, parfois en compagnie des parents pour explorer cette matière. « Les enfants rentrent plus vite dans la matière et, du coup, les parents se lâchent. »

Mélody Willame, qui a conçu le spectacle avec Justine Duchesne, reconnaît avoir dû faire face aux réactions d'adultes, inquiets de ne savoir gérer l'aspect de la transgression, abordé dans le spectacle, comme si, à voir une danseuse se tartiner le bras de peinture rouge, les enfants allaient se ruer sur les pots de peinture à la maison dans des orgies destructrices. « L'enfant sait que ce qu'on fait sur scène, c'est juste sur la scène », rassure l'artiste. Car c'est, entre autres, cette peinture rouge, alléchante, dégoulinante, troublante, qui fait tout le jus de cette invitation au jeu, au rêve, à la matière.