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"Avec « Trois Elles Qui », Luc Dumont confirme son talent d’auteur. Un régal singulier.

S’il est un nom d’auteur à retenir en théâtre jeune public belge, c’est celui de Luc Dumont. Aiguisant sa plume au fil des ans, ce Liégeois pure souche du Zététique Théâtre poursuit l’exploration d’une langue singulière et brutalement tendre. Libéré de toutes les conventions, il heurte les mots aux idées, au bénéfice de l’inattendu. Et l’on tend l’oreille pour suivre la valse de répliques que se lancent Janis, douce et fragile Alice Hubball, Astrid, Aude Lorquet tout en rage, et La femme qui, Marie-Rose Roland, fantaisiste à souhait.

C’est la rentrée scolaire. Astrid occupe son terrain et mène la vie impossible à Janis, la nouvelle, « rebelle de luxe, jolie mésange tombée de l’école d’en haut ». Au sommet du triangle, La femme qui, grand-mère virtuelle des deux jeunes filles habitées par leurs propres manques. Derrière son treillis, l’aînée squatteuse de la conciergerie, observe, neutralise, réconforte et se moque des commentaires : « Une grand-mère ne part pas, ne rompt pas mais attend. Il n’y en a plus pour si longtemps... » Celle-là, pourtant, respire à grandes bouffées l’air qui soudain entra par la fenêtre. Au risque de vivre de la débrouille. Tranche de vie sociale ancrée dans la réalité des enfants battus – dont la souffrance engendre la violence -, la pièce de Luc Dumont, également metteur en scène, donne, dans une scénographie simple et efficace, la parole à « Trois Elles Qui », trois comédiennes riches par leurs différences et dignes de servir un texte appelé à être lu, vu et entendu."

 Laurence Bertels, La Libre Belgique, 21.08.2006

 "Huy, C’est l’enfance de l’art."

Notre théâtre jeune public n’aime pas tellement le répertoire. Il invente tout : texte, forme, codes de jeu. Aux Rencontres de Huy, lancées jusqu’au 24 août, vous ne verrez pas de Shakespeare ni de Molière. Ce principe ne date pas d’hier. Dès les années 70, les compagnies pionnières, comme la Galafronie ou la Casquette, ont donné le ton : celui d’un théâtre de création.

Samedi, le Zététique Théâtre laissait la plupart des spectateurs bouche bée avec Trois Elles Qui. Luc Dumont parvient à tricoter trois destins au fil d’une pièce mordante, parfois cruelle, qui se paye le luxe de l’humour. Derrière son drôle de titre, le texte orchestre la rencontre entre une concierge d’école, une élève sauvage et une petite nouvelle faussement proprette.

Cet improbable mélange nous laissera les larmes aux yeux, après avoir lentement découvert les secrets que cache le trio.

Livré sans fard par trois solides comédiennes (Marie-Rose Roland, Alice Hubball et Aude Lorquet), le récit fait du théâtre un jeu, un vrai, où l’on avoue qu’on joue. Les ados ont de la chance : Trois Elles Qui est à la fois une leçon de théâtre et une sacrée expérience de vie. « J’ai 50 berges, confie Luc Dumont, mais j’ai gardé des points communs avec les ados : je suis en recherche. La zététique, qui a donné son nom à notre théâtre, c’est la théorie du doute."

Laurent Ancion, in Le Soir, le 21 08 2006