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Sur la Croisette du théâtre pour enfants

Petites Furies (dès 2,5 ans) du Zététique Théâtre nous a assuré un démarrage ultra-molletonné avec ses deux danseuses, armées de coussins qui en voient de toutes les couleurs (littéralement) sur le thème de la colère. Après avoir échauffé le public dans une petite chorégraphie participative, Melody Willame et Ornella Venica pestent, provoquent, esquivent et passent leurs nerfs sur un terrain de jeu capitonné où poufs et coussinets finissent joyeusement éventrés, les copeaux de mousse de rembourrage accueillant encore plus de danse-galipette.

On entend d’ici les parents s’indigner : « Voilà qui va leur donner de mauvaises idées ! » Pourtant, Petites Furies donne une seule et formidable envie, pas du tout réprimandable : se trémousser ! Sur une bande-son du tonnerre, le duo transforme sa furie en jubilation furieuse, ses accès colériques en bouffées ludiques. La danse contemporaine comme décompresseur ? Les enfants (mais surtout les parents) vont adorer.

Catherine Makereel, Le Soir, Lundi 18 août 2014

 

Petites Furies dansées

Pas de grasse matinée pour les enfants de deux ans et plus, hier à Huy, mais bien une belle bataille de polochons dansée dès dix heures par Melody Willame et Ornella Venica. "Petites Furies" par le Zététique a dignement ouvert la danse des Rencontres théâtre jeune public qui se tiendront jusqu'au 24 août sur les rives mosanes.

Deux fillettes en couettes, short et jupette se chamaillent, s’agrip¬pent, se culbutent sur un pouf géant puis se couchent épuisées avant un réveil plus rock au son de la chanson danoise “Ekkoleg” de Grethe Agatz, bande originale du film “Viva la muerte”. Puis les danseuses Ornella Venica et Melody Willame éventrent l’objet de leurs ébats pour mieux jouer avec la mousse qui l’habite. Exploration jubilatoire du corps, des émotions, dont la saine colère, et de la matière, Petites Furies”, loin de la danse contemporaine parfois conceptuelle, embrasse le mouvement dans une approche concrète, dynamique et charnelle de Justine Duchesne.

Laurence Bertels, La libre Belgique, 18 août 2014.

Regard espiègle, sourire coquin, cheveux blonds en bataille, les deux jeunes femmes, telles des gamines, sautillent, ne tiennent pas en place, visiblement impatientes de commencer… Après une joyeuse mise en mouvement apéritive pour le public, elles s’élancent dans le jeu, dans la danse. Elles se toisent, se cherchent, se trouvent, se battent, se boudent, surenchérissent… Leur carapace de coussins multicolores leur permet de bondir et rebondir, en véritables acrobates. On voit alors si bien, sur ce plateau, ce qui se joue dans les cours de récréation et ailleurs : cette quête de territoire, de pouvoir, de « qui commande » l'autre, d’amour-haine dans lesquels peuvent entrer les petites furies de 4, 5 ou 6 ans… Leur complicité aussi, leurs limites, leurs explorations sensorielles… Car lorsqu’elles transgressent l’interdit – un énorme divan à éventrer pour en sortir de petits éléments en mousse à foison – avec leurs yeux d’arsouilles, ça en devient jubilatoire. A cet âge, la colère peut être aussi vive que l’amitié peut être tenace. C’est ce qu’expriment ici, avec une formidable énergie, ce pétillant duo de danseuses, Melody Willame et Ornella Venica, sous l’œil avisé de Justine Duchesne. Très ludiques, les chansons choisies siéent parfaitement à ce petit bijou qui redonne aux émotions leur juste place. Libérateur ! De la danse pour petits comme celle-là, on en redemande ! (Prix de la ministre de l’Enfance, Huy 2014) - Jusqu’à 6 ans.

Sarah Colasse, Le ligueur, 9 septembre 2014.

 

Facéties abattent grand courroux

Deux petites filles (ou petits garçons) modèles peuvent devenir de véritables petites pestes dès qu’elles s’amusent à se taquiner, se provoquer. Alors, complicité devient vite compétitivité, civilité devient vite agressivité.

Après un échauffement partagé par la salle, un duo de danseuses met en actions le comportement d’enfants en train de jouer. Pas de paroles, rien que des gestes. En cascade.

S’amuser. Rigoler. Très vite en rajouter. Accélérer et défier. À qui ira le plus vite, le plus fort, le plus loin. S’approcher. Se toucher. Se bousculer. Inventer un match de catch en se passant dessus, dessous, de côté, de face, de profil, de dos. Avoir d’une part un sourire vainqueur et de l’autre une moue dépitée.

Reprendre les habitudes. Écouter la bande son qui module de façon ludique et obstinée une litanie de « pourquoi tu m’appelles comme ci alors que je m’appelle comme ça ?». Agir de concert dans la stratégie d’énerver la partenaire, de la pousser à déraper, à dériver, à escalader.

Plaisir d’avoir réussi à agacer l’autre. Reprendre le jeu pour essayer d’en être maîtresse. Dominer ou subir. Alternativement subir et dominer. Jusqu’à la violence. Celle qui se cache derrière Ekkoleg, la comptine danoise dont Arrabal se servit pour son film Viva la muerte. Alors des coups. Puis davantage. Se dissimuler pour surprendre ou éviter. Avoir mal et se venger.

Exploser. Se défouler sur des objets. Déchirer le matelas sur lequel on s’ébroue. Montrer un instant la stupeur d’avoir été trop loin, d’envisager la sanction des adultes qui viendra plus tard. Puis reprendre de plus belle.

Déchirer, jeter, éventrer, se laisser griser par la gestuelle d’éparpiller, piétiner, lancer, entasser, démolir, surgir, ramper, disparaître. Savourer en commun le résultat du carnage, du désordre assumé comme un composant indispensable du jeu.

Retrouver l’apaisement après la détente brusque des tensions. Redevenir des petites filles (garçons) modèles, bien élevés, dociles. Et finalement, reprendre, brièvement, un petit échauffement du public : il est prêt à applaudir. Car cela le mérite largement.

Michel Voiturier, ruedutheatre.eu, 19 août 2014