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"La nuit du sanglier" à glisser dans la gibecière de tous les ados. Hypertendu.

Du théâtre tendu, sans un mot de trop, ni de trop peu, malgré les ellipses, voilà ce que dépose le Zététique dans "La nuit du sanglier" aux Rencontres jeune public. Déjà à mi-parcours, ce festival de théâtre pour enfants et adolescents s’emballe et les belles propositions se bousculent. Que choisir ? Dans les rues de Huy, derrière la fête foraine, les festivaliers se croisent et se filent des infos : "il faut absolument aller voir "Monte-Cristo", clament-ils d’un trottoir à l’autre. Avant de s’entendre répondre : "Surtout, ne ratez pas ‘La nuit du sanglier’." Un autre coup de cœur en effet grâce au Zététique, une des plus anciennes compagnies du jeune public, dirigée par Luc Dumont, un de nos meilleurs dramaturges, un pédagogue aussi qui forme les jeunes à l’écriture théâtrale et pense au renouvellement de la compagnie. D’où cette page blanche qu’il prête à de nouveaux auteurs tels Catherine Daele, déjà découverte dans "Supernova", un spectacle sur la pédophilie incestueuse qui avait créé la polémique. Loin de faire dans la guimauve, la jeune auteure s’adresse aux ados - une des spécificités du Zététique -, qui sont pourtant difficiles à convaincre. Mais avec des textes comme celui-là, la mise en scène épurée et bleutée de Luc Dumont et la juste interprétation de Catherine Daele, à la colère contagieuse, de Julien Collard, un Térence bouillonnant, et de Juan Martinez, un Alec trop doux pour être honnête, ils risquent d’accrocher. Voire d’en prendre pour vingt ans. Chouette ! C’est aussi cela qu’on attend du jeune public : l’éveil, le goût, la découverte et l’addiction, en évitant la facilité.

Texte réaliste, intime et parfois introspectif sur la fratrie, l’identité de l’un par rapport à l’autre, "La nuit du sanglier" confronte le grand frère, Terence, sur la voie de la sagesse, à la turbulente Erika dont le principal problème est d’avoir quinze ans. Mais aussi, d’être abandonnée par une mère en voyage prolongé à New York. La vie, dit-elle, ne lui va pas, comme les mini-jupes. La colère qui sourd en elle explose peu à peu et Terence ne parvient plus à la gérer. Le danger arrive avec une invitation en boîte de nuit où le tendre Alec s’intéresse de trop près à la jeune fille en perdition. Un spectacle incandescent qui porte l’énergie, les dangers et les espoirs de l’adolescence avec talent et intelligence.

                                                                                                                                                                                              Laurence Bertels, in La Libre – le 21 août 2013.

Chevaucher le sanglier avec Catherine Daele

"La vie, ça me va pas, c'est comme les minijupes" balance l'héroïne de La nuit du sanglier (dès 14 ans) de Catherine Daele, écrivaine qui sait décidément écrire sur et pour les adolescents.

On avait aimé son Supernova, qui avait fait l'effet d'une bombe atomique aux Rencontres de Huy il y a deux ans. On adore cette Nuit du sanglier, traversée houleuse dans la vie de deux jeunes gens, frère et sœur inséparables mais aux trajectoires ennemies. Lui a 20 ans, est brillant, travaille comme serveur pour payer ses études. Elle a 15 ans, se sent paumée, triple son année à l'école et ne rêve que de vivre à 100%. Lui est fermement ancré dans la vie, grand frère responsable et protecteur pendant que la mère s'est taillée à New-York. Lui verrouille, cadenasse, et elle va au bout de ses envies. Comme tous les ados, elle a soif de liberté, est prête à tout pour sentir la vie la traverser. Alors elle fonce, comme un sanglier. Et rencontrera le loup, une rencontre séduisante, tentatrice, mais dangereuse.

Formidablement joué par Catherine Daele elle-même, entourée de Julien Collard et Juan Martinez, la pièce subjugue, soulevant une multitude de questions sans jamais enfoncer le clou sur aucune. On y aborde l'éternelle soif d'absolu des adolescents, l'amour-haine des liens fraternels, l'angoisse de se faire une place dans le monde, d'être à la hauteur d'une société ultra-exigeante.

On y interroge aussi l'impossible choix, quand la vie s'ouvre à soi, entre le désir de rentrer dans le cadre, de se situer dans la hiérarchie du monde, et celui de croire à une autre vie, rebelle, anarchiste, libre. Masi on embarque surtout dans un récit qui pulse comme le sang dans les veines de cette adolescente révoltée, cette fille qui aime son héros de frère mais devra "décoller sa peau de la sienne" pour réussir à grandir. Fort, captivant, vrai!

                                                                                                                                                                                            Catherine Makereel, in Le Soir du 21août 2013

La nuit du sanglier

La faune des nuits jeunes

Par Michel VOITURIER

Coup de coeur

Publié le 29 août 2013

Pas simple pour un grand frère de veiller, en l’absence de la mère, sur la petite sœur de 15 ans, remuante, avide de vivre, plus spontanée que réfléchie.

Tandis que la mère est retenue à l’étranger, Térence, étudiant studieux et curieux de savoirs, tente de conserver sa complicité avec Erika, sa sœur cadette. Pas facile car l’adolescente piaffe d’impatience de profiter de sa liberté, de rejeter la tutelle de son aîné et des adultes pour trouver son identité par elle-même. Pas facile non plus pour le garçon de concilier le temps pris par les études, ses jobs destinés à payer ses études, l’autorité maternelle provisoirement déléguée et l’envie de ne pas brimer sa cohabitante.

Catherine Daele a composé un texte fort et dense. Il parvient à donner voix aussi bien à des tensions qu’à des tendresses, à des révoltes qu’à des raisonnements, à des désirs qu’à des tentations, à des certitudes qu’à des doutes, à la cruelle réalité qu’à des envolées vers l’imaginaire. Les mots habitent les personnages, leur donnent chair autant que l’investissement corporel de leurs interprètes. 

Alec, le 3e larron, est l’image des dangers de la nuit. Il a un côté prédateur capable de feindre la connivence pour arriver à ses fins. Son discours, le moins virulent de la pièce, s’engage dans l’insidieux, le vénéneux dissimulé sous les apparences.

L’espace scénique, composé de volumes plus ou moins géométriques, a l’avantage de contenir tous les lieux possibles. Sa sobriété focalise l’attention sur les protagonistes plutôt que sur l’anecdotique des détails réalistes. Car il s’agit bien d’épreuves humaines, du passage de l’enfance à l’âge adulte. Et la pièce met l’accent sur la complexité émotive, intellectuelle, morale, sensuelle des êtres.

Bien des jeunes se reconnaîtront probablement. Bien des parents reconnaitront leurs rejetons. Et la puissance de l’ensemble devrait jouer un rôle de révélateur bien davantage que n’importe quelle parole moralisatrice ou discours culpabilisateur.